PERNOD : LE PASTIS EST-IL VRAIMENT NÉ AVEC RICARD ?
Tout le monde connaît Ricard. Moins de monde connaît Pernod. Et pourtant — avant Ricard, avant le pastis, avant l'apéritif tel qu'on le connaît aujourd'hui, il y avait un homme. Un seul homme. Né au Locle en 1776, dans les Montagnes neuchâteloises, à quelques kilomètres de la frontière française.
PERNOD : LE PASTIS EST-IL VRAIMENT NÉ AVEC RICARD ?
La réponse se trouve à Môtiers, dans le Val-de-Travers suisse. Et elle va vous surprendre.
Tout le monde connaît Ricard. Moins nombreux sont ceux qui connaissent Pernod. Et pourtant — avant Ricard, avant le pastis, avant l’apéritif tel que nous le connaissons aujourd’hui, il y eut un homme. Un seul. Né au Locle en 1776, dans les montagnes neuchâteloises, à quelques kilomètres de la frontière française.
Son nom ? Henri-Louis Perrenoud. Devenu, par un acte fondateur autant que stratégique, Henri-Louis Pernod.
Un remède qui devient un plaisir
L'histoire commence non pas dans un café parisien, mais dans un atelier modeste du Val-de-Travers suisse. À la fin du XVIIIe siècle, l'absinthe n'est pas encore une boisson : c'est un élixir médicinal. Grande absinthe, anis vert, fenouil, hysope, mélisse : cinq plantes distillées en cuivre, macérées, transformées. Un savoir botanique ancestral que les femmes portaient depuis des siècles avant que les alambics n'entrent en scène.
En 1797, Perrenoud s'associe à la famille Dubied à Couvet et crée la première distillerie commerciale d'absinthe. Huit ans plus tard, en 1805, il traverse la frontière, s'installe à Pontarlier, francise son nom, et fonde la maison Pernod Fils.
Ce qui suit tient du roman industriel.
20 000 litres par jour, et une caisse de retraite
En quelques décennies, Pernod Fils devient l'une des plus grandes distilleries d'Europe. En 1896 : 26 alambics, 22 colorateurs, 20 000 litres d'absinthe à 72° par jour. L'absinthe suit les soldats français en Algérie dans leurs rations militaires. Elle conquiert les cafés parisiens. Elle inspire Verlaine, Rimbaud, Toulouse-Lautrec, et jusqu'à Picasso : qui peindra une bouteille Pernod dans ses natures mortes cubistes.
Mais Pernod n'est pas seulement un industriel visionnaire. En 1871, un siècle avant que cela ne devienne une obligation légale, il crée une caisse de retraite pour ses ouvriers. Le patron pense aux hommes autant qu'à l'outil.
La chute, et le rebond
Le 16 mars 1915, la France interdit l'absinthe. La Suisse l'avait déjà fait en 1910. Les alambics de Pontarlier s'arrêtent. Une industrie centenaire réduite au silence par décret.
Pernod ne disparaît pas. Dès 1918, il lance l'Anis Pernod, un pastis pionnier qui contourne l'interdiction sans trahir le savoir-faire. L'alambic survit. La recette s'adapte. Et le 20 décembre 1974, coup de génie stratégique : plutôt que de s'épuiser à combattre son rival Ricard en plein boom, Pernod fusionne avec lui. Pernod Ricard naît, et s'impose parmi les grands groupes mondiaux de spiritueux.
Alors, le pastis est-il né avec Ricard ? Non. Il est né de la contrainte, de la résilience et de l'intelligence d'un homme du Val-de-Travers qui avait tout perdu, et tout reconstruit.
Une exposition qui pose des questions
C'est cette saga que raconte l'exposition temporaire PERNOD — Naissance de l'apéritif, ouverte jusqu'au 7 mars 2027 à la Maison de l'Absinthe à Môtiers.
Treize panneaux bilingues français-allemand. Un film portrait inédit. Un diaporama historique de l'usine de Pontarlier. Une vitrine d'objets rares : dont une bouteille fondue lors de l'incendie de 1901, et une bouteille pleine scellée d'époque.
Et un détail qui donne le frisson : l'absinthe a été réhabilitée en Suisse le 1er mars 2005. Jour anniversaire de la naissance d'Henri-Louis Pernod. 229 ans après. Coïncidence ? Peut-être pas.
L'exposition ne donne pas de réponses. Elle pose des questions. Celle-ci, entre autres : Que restera-t-il de notre travail dans deux siècles ?
Maison de l'Absinthe — Grande Rue 10, 2112 Môtiers (NE), Suisse
29 mai 2026 — 7 mars 2027
Exposition incluse dans le billet d'entrée :

Pernod : Naissance de l'apéritif